Dans nos contrées occidentales, on croit en général au Père Noël… quand on est gamins. On croit aussi en d’autres fariboles, comme la souris qui échange nos dents de lait contre de la menue monnaie, le lapin qui cache les oeufs à Pâques ou encore au prince charmant qui vient réveiller la princesse d’un doux baiser. Qu’il est beau, le monde enchanté de l’enfance! Mais on sait (presque) tous que ce monde n’est qu’imaginaire et au plus tard à la préadolescence, on passe un cap et on entre dans le monde désenchanté des marchés: marché de l’éducation, marché de la formation, marché de l’emploi, marché des infos, marché des connaissances, marché des choses vaines et obsolètes mais qui-nous-donnent-un-statut-et-nous-épargnent-de-devoir-réfléchir, comme les Ferrari ou les recettes qui nous font maigrir sans efforts. Le monde des marchés pour marcher au pas.

Mais qu’on ne s’y trompe pas: le monde marchandisé des adultes est tout autant truffé de dérisoires croyances que le monde bisounours des enfants. Il est juste un peu plus tragique, car un peu partout dans le monde, les humains guerroient pour des croyances, se massacrent entre eux pour des croyances et détruisent l’environnement pour des croyances.

Les croyances tuent, on tue pour des croyances. Dans nos contrées occidentales, et même en Suisse, on croit en général au Père Noël… et ils sont nombreux à rêver de vivre un jour dans notre petite (ou grande) villa. De nombreuses communes aussi, rêvent d’attirer des contribuables suffisamment fortunés pour venir construire leur villa (la plus grande possible) sur leur territoire. Et remplir les caisses communales à force d’impôts. Un rêve tenace, bien ancré.

Or… il s’avère que ce rêve n’est peut-être qu’une croyance très partiellement effective. Les villas ne sont pas seulement obsolètes du point de vue de l’aménagement du territoire. Il se pourrait bien qu’elles le soient aussi au niveau des finances, car les coûts que les habitants de villas engendrent pour une commune peuvent être supérieurs aux recettes fiscales que la commune peut encaisser. C’est ce qui ressort d’une récente étude menée par l’Office de la statistique du canton de Lucerne (LUSTAT) et la HES de Lucerne. Dans la commune qui a commandé l’étude, les habitants vivant en immeuble, PPE et locatifs confondus, subventionnent carrément les habitants des villas au travers du budget communal! Si les premiers produisent en moyenne moins d’impôts, ils entraînent toutefois des coûts nettement plus bas pour la collectivité, générant même un boni moyen de 40% par contribuable – un boni qui est nettement moins élevé pour les contribuables vivant en villa1. Bref: le bon contribuable n’est pas forcément celui que l’on croit et les quartiers de villas ne signifientpas automatiquement prospérité pour les communes2.

L’alternative aux quartiers de villas, ce sont les quartiers d’immeubles locatifs offrant du logement de qualité à loyer abordable et là, les experts, ce sont les coopératives d’habitation et autres maîtres d’ouvrage d’utilité publique. C’est un fait, pas une croyance.

Très bonne lecture, et à bientôt, pour suivre les actualités sur www.habitation.ch

Patrick Clémençon

1 Source: article paru dans «Commune Suisse» 12/2015